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L’Allemagne secrète : nos refuges dans les grandes forêts
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Megan Lambert
Il est des lieux où le temps se mesure au rythme des sabots et des changements de saison. C’est le moment de seller les montures pour trotter à travers la pampa argentine, les prairies sauvages françaises ou les sierras espagnoles. Rencontre avec celles et ceux qui tiennent les rênes de ces escapades équestres.
L’estancia (exploitation agricole et d’élevage en Amérique latine) El Colibri, 20 ans cette année, semble tout droit sortie d’une autre époque. Ses propriétaires, Stéphanie et Raoul Fenestraz, y accueillent des gauchos (gardiens de troupeaux), une équipe de polo et un troupeau de chevaux Criollo, natifs de la région. Le duo a su allier l’hospitalité européenne et l’esprit des lieux avec brio. Pour célébrer son anniversaire, El Colibri propose l’expérience Horse Paradise, une immersion de près de six heures à cheval par jour avec les gauchos. « Aucune journée ne se ressemble », raconte Maxi, l’un des gauchos d’El Colibri. Un jour, on arpente un sentier à travers la pampa, le lendemain, on déguste un maté avant une partie de polo. « Ici, les paysages sont vastes et paisibles, ajoute Maxi. Ils incitent à ralentir et à se connecter à la nature. » Tout ne tourne pas autour des chevaux : « Le but est de découvrir un mode de vie simple, authentique et généreux. » Le chef Léo Bramajo l’exprime lorsqu’il prépare, à la manière gaucho, le boeuf Aberdeen Angus élevé dans la région : à la flamme nue et à la belle étoile. À seulement 45 minutes de Córdoba, chevaucher un Criollo à travers les paysages sauvages argentins, le vent dans le dos démontre que la « voie du gaucho » n’est pas un choix, mais une vocation.
Parmi ses résidents à l’année, la Finca La Donaira compte un homme qui murmure à l’oreille des chevaux : Seamus Gaffney. Il est originaire d’une communauté agricole du comté de Cavan, en Irlande du Nord, où « l’on considère que vous avez réussi dans la vie si vous possédez deux chevaux de trait ». Il a commencé à monter dès l’âge de quatre ans et a grandi en regardant de vieux westerns, fasciné par la relation entre les Amérindiens et leurs chevaux. Sa curiosité l’a conduit au Pays de Galles, dans le Montana et jusqu’au Brésil à la recherche d’une relation naturelle avec l’animal. Les chevaux Lusitano que Seamus élève et dresse à La Donaira ne font qu’un avec leur terre. Ils transportent leurs cavaliers à travers des prairies dorées face aux hauteurs de la Serranía de Ronda. Peu importe le niveau du cavalier, Seamus recommande de suivre une séance de natural horsemanship. Cette méthode instaure une relation positive entre le cavalier et l’animal, en communiquant grâce au comportement naturel des chevaux, en douceur et sans brutalité. « En fin de compte, c’est le cheval qui vous enseigne tout. » Nouveau membre de l’association Relais & Châteaux, la Finca La Donaira est plus qu’un lieu d’évasion. On y apprend les enseignements qu’offre la nature, et les histoires que racontent les chevaux constituent une puissante source d’inspiration.
Mathilde et Alexandre Keff se sont rencontrés autour d’une caisse de champagne. Elle travaillait dans le commerce du vin, lui était un client, propriétaire de l’hôtel Le Domaine de la Klauss. Elle le rejoint en tant que maître de maison et l’épouse. Cette nouvelle vie ravive alors sa passion des chevaux. Alexandre lui offre son premier cheval. Le troupeau s’agrandit et compte aujourd’hui sept chevaux ibériques. Les cavaliers expérimentés se joignent à Mathilde pour galoper à travers les bois anciens, mais l’accueil des novices l’intéresse tout autant. « Les chevaux sont tellement gentils, dit-elle. Nos clients ont un rythme de vie effréné. Le temps qu’ils passent avec les chevaux leur permet de ralentir. » En collaboration avec un psychologue équin, elle a développé plusieurs expériences thérapeutiques pour ses hôtes, de la gestion du stress et des émotions à l’amélioration de la communication et du leadership. Ils peuvent peindre le paysage lorrain à côté d’un cheval qui leur donne de gentils coups de museau, ou se familiariser avec ces créatures si expressives dès le petit-déjeuner. Ici, la vie prend tout son temps et des histoires d’amour naissent parfois, entre des êtres humains ou des chevaux, le champagne en option.
Presque aussi vieux que l’Argentine elle-même, les murs vermillon de La Bamba de Areco reflètent son esprit d’indépendance et son passé politique. L’estancia (exploitation agricole et d’élevage en Amérique latine) est aujourd’hui un centre d’entraînement de polo, les propriétaires souhaitant une base pour leur équipe. « Ne vous y trompez pas, ça n’a rien d’un country club », s’amuse le maître de maison Guillermo Savino. À quelques heures de San Antonio de Areco, berceau de la tradition gaucho, la vie à La Bamba est en accord avec l’esprit des lieux. Personne ne l’incarne mieux que le gaucho en chef, Martin Tatta. Souvent présenté comme « le meilleur chuchoteur de chevaux du monde » (un surnom qu’il n’utiliserait jamais lui-même), il est né dans cette estancia. Chaque après-midi, les clients peuvent assister à sa démonstration de Doma India (technique de dressage qui instaure confiance et fidélité entre l’homme et le cheval) : une conversation tacite, une danse presque. Découvrir La Bamba en galopant dans la pampa ou en longeant la rivière, c’est entrer en son coeur. On peut terminer la journée avec un asado (grillade argentine) traditionnel : un moment de convivialité autour d’un bon repas et de vins délicieux. « Les gens arrivent ici comme clients et repartent en tant qu’amis », dit Guillermo.
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