L'heure du thé près du lac de l'Ouest

L’hôtelière-écrivain Marie-Christine Clément partage pour Instants son carnet de voyage en six « moments délicieux » à travers la Chine et ses cultures traditionnelles. Seconde étape de ce périple à Chaptel Hangzhou pour un tea-time secret.

L'heure du thé près du lac de l'Ouest

L’hôtelière-écrivain Marie-Christine Clément partage pour Instants son carnet de voyage en six « moments délicieux » à travers la Chine et ses cultures traditionnelles. Seconde étape de ce périple à Chaptel Hangzhou pour un tea-time secret.

Bras dessus, bras dessous le long du lac de l’Ouest, elles chantonnent, elles rient, elles parlent fort et n’hésitent pas à bousculer les garçons. Ce sont les nouvelles jeunes filles chinoises, savamment parées, maquillées de rouge et de blanc et aux ongles perlées. C’est samedi. Elles ont glissé dans leurs cheveux de petits moulins à vent multicolores qui tournent au gré de leurs pas. Au loin, une foule bruyante se précipite sur le pont brisé refaisant inlassablement le pèlerinage du tour du lac au son des hauts-parleurs impérieux des guides qui les regroupent sous leur bannière chamarrée. Le long de la digue Su Dong Po, les saules pleureurs balancent leur souple chevelure jaune dans le vent. Les amoureux enlacés se bécotent devant les canards. Dans le Pavillon de la Neige Fondante, une chanteuse d’opéra s’époumone en essayant de couvrir les klaxons impatients. C’est un samedi de printemps comme les autres à Hangzhou. Un père guide les premiers essais de son fils en vélo, un photographe s’extasie devant de modestes renoncules, des badauds aux visages burinés, vestes Mao et mains dans le dos, collent leur nez à la vitrine du Starbucks café. À l'horizon, impassibles, les bateaux à fond plat glissent sur le lac en direction de la pagode de Leifeng.

À la sortie de la ville, on cueille les premières feuilles de Long Jing et les ruelles du village attirent les passants avec l’odeur du thé frais grillé. Mais seuls les initiés le savent. Entre le lac et les enseignes luxueuses de la Ping Hai Road se trouve une adresse secrète, l’ancienne résidence du général Yin Lu. On s’aventure sous un porche, on longe de hauts murs de brique sombre de pur style Shikumen et l’on découvre un labyrinthe de petites courettes et d’étroites rues intérieures, les longtang. Je suis assise dans la dernière cour, la plus lointaine. Derrière chaque fenêtre, on me regarde, peut-être. Les paravents de bois sombre protègent les curieux. Les parasols fleurissent en vastes ombrelles qui se penchent au-dessus des tables. Le five o’clock peut commencer. On apporte une théière ventrue en porcelaine anglaise, les tasses sont ornées de roses roses, la servante à trois étages est copieusement garnie d’oeufs au caviar, de bouchées de saumon, de madeleines à l’ananas et de macarons à la framboise. Gâteaux rayés à la myrtille, crèmes ondulées et virgules chocolatées rivalisent de préciosité. Le thé sera un Orange Pekoe de Ceylan. Ni le lait ni la crème ne manqueront. A la table voisine, une élégante surveille les coloriages de son enfant tandis que de l’autre côté du buisson de buis taillé, on parle affaires à voix étouffée. Ce soir, le lac illuminé rejouera les grandes scènes d’une mythologie grandiloquente et sur la promenade, au bord du lac, les jeunes filles achèteront de gros ballons lumineux qui oscilleront dans la nuit comme des méduses phosphorescentes.

 

 

 

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