Publié le 13/02/2020

L'Homme et la Nature
au camp de Suján Jawai

Tandis que le soleil se lève, les oiseaux rassemblés chantent leur cacophonie matinale, la lune est encore haute dans le ciel, et je suis assise là, à regarder le paysage majestueux, les rochers escarpés, les collines et les acacias, pensant que s’il existe un moment de perfection… c’est celui-ci.

L'Homme et la Nature| au camp de Suján Jawai

Tandis que le soleil se lève, les oiseaux rassemblés chantent leur cacophonie matinale, la lune est encore haute dans le ciel, et je suis assise là, à regarder le paysage majestueux, les rochers escarpés, les collines et les acacias, pensant que s’il existe un moment de perfection… c’est celui-ci.

Voici la patrie du léopard, située dans les régions sauvages du Rajasthan occidental, dans une zone reculée, entourée d’un vaste panorama de rochers préhistoriques en apparence, de broussailles en perpétuel mouvement, de petits domaines agricoles, de luxuriantes rivières sinueuses et d’un ciel infini.
 

"Ce qui rend Suján Jawai spécial, ce sont les tous petits riens dont nous ne penserions jamais avoir besoin, jusqu’à ce qu’ils soient à portée de main."

Parfaitement installé au milieu de toute cette beauté se trouve le luxueux camp de tentes de Suján Jawai. Appartenant au groupe familial Suján, il comprend un ensemble de 10 tentes époustouflantes, chacune avec son lit king-size, d’immenses salles de bain et de magnifiques détails (toutes conçues par les propriétaires – Anjali et Jaisal Singh).

Bien entendu, il y a des fleurs somptueuses, des lampes douces, la couverture idéale au pied du lit… mais, en réalité, ce qui rend Suján Jawai spécial — ce qui rend l’ensemble des propriétés Suján si particulières — ce sont les tous petits riens dont nous ne penserions jamais avoir besoin, jusqu’à ce qu’ils soient à portée de main.
 


Le bar lambrissé richement approvisionné qui s’ouvre pour révéler des carafes en cristal lourd, le journal de bord de Suján avec des dessins de diverses empreintes d’animaux (carnivores, omnivores et de quelconque artiodactyle ?), des éditions de livres à la reliure en cuir qui donnent vraiment envie de lire ou encore des jumelles pour jeter un coup d’œil rapide à un léopard qui passe, même si, en réalité, les chances que ce soit une chèvre sont plus grandes.

Les léopards sont nombreux toutefois, et la raison principale de mon séjour. Avoir une chance de les apercevoir dans leur habitat naturel, sous la direction de traqueurs expérimentés, confortablement installée dans ce camp magnifique. Je suis restée trois nuits là-bas (six ou sept nuits auraient été mieux).


 

Il est facile de penser à tort qu’il n’y a pas grand-chose d’autre à vivre excepté les promenades à l’aube et au crépuscule qui nous conduisent à des kilomètres hors du camp, dans le spectaculaire décor alentour, à la recherche de léopards qui nous honorent parfois de leur présence. Il ne s’agit toutefois que de la partie émergée de l’iceberg.

Je commence mon voyage par une arrivée au camp en soirée (après un long trajet à travers la chaîne de montagnes des Aravalli), accueillie par une pléiade d’hôtes souriants. Les hommes de la tribu des Rabaris sont resplendissants dans leurs tenues blanches impeccables, coiffés de leurs turbans d’un rouge éclatant.


Les Rabaris sont des nomades à l’origine – éleveurs de bétail, chameliers et bergers. À Suján Jawai, ils s’occupent des chèvres, des poulets et de toutes sortes de bétail à la ferme, en plus de faire office de patrouille itinérante toute la nuit.

Les traqueurs sont tout sourire dans leurs uniformes olive, le responsable et son personnel ont revêtu leur look quasi-safari… c’est une excellente introduction à l’ambiance de Jawai. Un accueil chaleureux, amical, magnifique et si bien organisé.
 

"Bordé d’herbes hautes et de plus de 600 lampes à huile, le camp donne l’impression de vivre un rêve."

Le crépuscule s’installe, les oiseaux et les criquets s’en donnent à cœur joie, le soleil illumine toute cette scène magique d’un éclat doré. Le camp s’étend sur une large superficie, avec des chemins reliant toutes les tentes à l’espace repas principal, à la piscine et au bar.

Bordé d’herbes hautes, tout juste teintées d’or à l’approche de l’été, et de plus de 600 lampes à huile, le camp donne l’impression de vivre un rêve. J’entre dans ma maison pour les prochains jours (la sublime tente royale comprenant sa propre piscine et son propre majordome) et je m’installe au bord de la piscine pour regarder le coucher de soleil.

Voici le genre d’endroit où l’on souhaite bien s’habiller pour aller dîner. Et c’est ce que je fais ! Chaque soir sans exception.

L’une des règles dans tous les camps consiste à ce que les invités soient toujours accompagnés d’un membre du personnel sur les chemins reliant toutes les tentes aux espaces repas et au bar une fois la nuit tombée.

Pour moi, cela se traduit par une jolie promenade le long des chemins éclairés par les lampes, bavardant avec mon merveilleux majordome Samunder (dit Sam). Riches d’histoires et de traditions, ces conversations sont l’un des plaisirs de ce voyage.

On présume souvent que voyager en solo peut être source de solitude — mais chaque fois qu’il m’arrive de voyager ainsi, je me surprends toutefois à être plus impliquée, plus bavarde et plus ouverte. J’ai l’impression d’être au milieu d’amis et que l’on s’occupe bien de moi.

Ce niveau de diligence s’étend à tous les aspects de l’expérience de Suján. Les repas à eux seuls valent le détour : herbes et légumes biologiques issus de leurs propres jardins, produits locaux achetés aux fermiers des environs sont préparés de façons les plus délicieuses et inventives.

Présentés sur des plateaux en argent, posés sur des tables dressées chaque soir dans une zone différente du camp, entourées de centaines de lampes à huile et devant un feu de joie, c’est une manière délicieuse de manger dans la nature.
 

À gauche, le petit-déjeuner copieux - À droite, la fameuse pizza Bana


Un plat en particulier, m’a tant plu que je pourrais en manger tous les jours : la pizza Bana, à base d’agneau effiloché et d’oignons au vinaigre sur une pâte à pizza faite maison. Mais tout le menu est fantastique.

Il existe deux balades pour voir les léopards — à l’aube et au crépuscule. Ce sont en effet les moments qu’ils préfèrent pour sortir de leurs grottes, chasser et se promener librement. Les deux sont très différentes, mais aussi essentielles l’une que l’autre.
 

Safari en jeep à l'aube 


Nous quittons le camp avant l’aube dans nos jeeps, accompagnés d’un chauffeur et d’un traqueur, et nous serpentons à travers les broussailles et les routes cahoteuses, passons de petits villages, des vaches levant paresseusement leurs têtes somnolentes, des chèvres bêlant, des temples se réveillant doucement.

Cette région est parsemée de près de trois cents temples. Le plus spectaculaire d’entre eux est un temple dédié au Lord Shiva, situé en haut d’une massive formation rocheuse (appelée Perwa Hill) et sous la garde d’un prêtre (les histoires sur sa notoriété abondent, faisant de lui une curiosité).

La fraîcheur de l’aube cède la voie à un soleil pâle et mon fidèle guide indique où il voit des empreintes de sabot (une petite antilope), des empreintes de pattes (le mouvement récent d’un léopard) et des marques de traînée signalant qu’une chèvre ou deux ont été enlevées (une façon élégante de dire « tuées ») par un léopard.

Nous sommes répartis entre les trois jeeps, les chauffeurs communiquant sans cesse les uns avec les autres à divers endroits de la région et lorsque l’un d’eux aperçoit une empreinte de léopard, l’information est relayée aux autres et nous partons dans cette direction pour voir si nous pouvons en repérer un.

"Je suis surprise par leur sensualité et par leur grâce."

Le premier matin, lorsque la jeep escalade l’abrupte paroi rocheuse, l’horizon s’étend devant nous tel un paysage lunaire, le lac scintillant au loin et le soleil se levant derrière nous. La magnificence de la terre
que les léopards habitent et savoir qu’ils étaient assez proches, peut-être même à nous observer pendant que nous les cherchions, nous suffit.

La chance nous souriant ce premier matin, nous avons repéré deux beautés assises tout en haut d’un promontoire rocheux, se déplaçant nonchalamment d’un rocher à l’autre, s’étirant langoureusement comme si elles savaient que 10 paires de jumelles et plusieurs appareils photo suivaient leur moindre mouvement.

En réalité, je suis surprise par leur sensualité et par leur grâce. Les léopards sont assis fièrement, se rendant à peine compte de notre présence, se réchauffant sous le soleil levant…

Quelques heures d’observation méditative et des centaines de photographies plus tard, nous redescendons vers le lac pour regarder les oiseaux de tous plumages (plus de 170 variétés – les cigognes peintes étant mes préférées), les crocodiles, et savourer le petit pique-nique offert avant le petit déjeuner que notre merveilleux chef nous a préparé. Évoquons encore les détails… une sublime nappe traditionnelle étendue sur le capot de la jeep, un repas léger — « tiffin » en hindi —, débordant de délices à grignoter et de thermos de thé brûlant.
 

"Il existe de nombreuses façons de faire l’expérience du luxe, mais très peu de destinations donnent l’impression que celle-ci dépend entièrement de la région."


Nous nous tenons là, sirotant notre thé, bavardant avec notre guide et notre chauffeur, admirant le soleil tacheté à travers le lac. Il est à peine 9 h, le jour s’étire devant nous et alors que nous retournons à nos tentes pour savourer un petit déjeuner complet, je prévois déjà la promenade du soir qui met en valeur les léopards dans une lumière et une atmosphère complètement différentes.

Sur le chemin du retour, nous pouvons voir l’impact positif de la présence de l’équipe du Suján Jawai sur la région : les nombreuses fermes de légumes biologiques, les villages dont la plupart des habitants sont employés par le camp et sa ferme, fournissant une subsistance économique aux autochtones ce qui, en échange, les fait participer à leur écosystème local, et les écoles où ils ont investi dans des programmes de formation des enseignants afin de promouvoir une éducation solide à l’école primaire.

Il existe de nombreuses façons de faire l’expérience du luxe, mais très peu de destinations donnent l’impression que celle-ci dépend entièrement de la région, de ses habitants et de la vie sauvage qui la peuple. Nous n’en sommes que des observateurs privilégiés, chanceux de vivre ce moment particulier. Suján Jawai est l’un de ces endroits.

 

Photos: © Rymn Massand & Suján Jawai 

 

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