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05 mars 2026
Christine Chitnis
La Nouvelle-Angleterre n’est pas juste un témoin privilégié du passé : elle permet de le vivre intensément. Son histoire foisonnante imprègne l’air salin de l’Atlantique, murmure dans les cottages en bardeaux et les vieux murs de pierre et s’exprime dans l’héritage d’hôtels mythiques, transmis de génération en génération.
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La taille relativement modeste des États qui la composent y est sans doute pour quelque chose, de même que la diversité de leurs paysages et la force de son histoire. Après tout, il s’agit du berceau de la guerre d’indépendance des États-Unis. Des villes balnéaires telles que Newport et leurs manoirs de l’Âge d’or se trouvent à seulement quelques kilomètres du site du premier acte de résistance coloniale de la nation. Ce coin des États-Unis capture la nostalgie américaine mieux que tout autre. Plusieurs propriétés Relais & Châteaux jalonnent de leur charme ce panorama chargé d’histoire. Alors que la nation commémore le 250e anniversaire de sa Déclaration d’indépendance, ces sanctuaires côtiers se font l’écho des idéaux fondateurs : liberté, autonomie, quête du bonheur et beauté d’une vie bien vécue. La tradition d’innovation de la région ne se limite pourtant pas au passé. Entre les inventions révolutionnaires du Massachusetts Institute of Technology et les recherches de pointe menées à Harvard, la Nouvelle-Angleterre reste un lieu où les idées engendrent des révolutions, exactement comme en 1775. Cet esprit d’ingéniosité moderne confère une dimension supplémentaire au charme durable de la région, comme un rappel que progrès et préservation peuvent coexister en harmonie.
Castle Hill Inn est situé sur une péninsule de 16 hectares à Newport, dans l’État de Rhode Islan,d. Construit en 1875 par le chercheur en biologie marine et océanographe Alexander Agassiz de l’Université Harvard, cet ancien manoir transformé en hôtel incarne l’esprit pionnier des premiers scientifiques d’Amérique. Aujourd’hui, cette philosophie de curiosité et de connexion avec la mer perdure. Comme l’établissement est entouré d’eau sur trois côtés, chaque chambre donne sur l’océan, qu’elle se trouve dans le majestueux manoir Agassiz ou dans les cottages de plage. En été, The Lawn Terrace devient un lieu de rencontre animé où l’on sirote des cocktails et déguste des lobster rolls en contemplant les voiliers dans la baie de Narragansett. Le restaurant Aurelia, ainsi nommé d’après la méduse lune préférée d’Agassiz, propose de goûter aux saveurs uniques de la région. Le menu dégustation en six services s’inspire des paysages terrestres et marins, et de nombreux ingrédients proviennent du jardin potager de l’établissement. La préservation de la nature fait partie intégrante de la mission de l’hôtel : il protège sa vaste étendue de littoral encore intact en partenariat avec la Commission de gestion des ressources côtières de l’État.
Perché au sommet des falaises de Watch Hill, dans l’État de Rhode Island, Ocean House offre des vues panoramiques sur l’Atlantique. Depuis son ouverture en 1868, ce bâtiment victorien grandiose est devenu un refuge balnéaire prisé, symbole de l’élégance côtière depuis plus de 150 ans. Grâce à une rénovation soigneuse en 2010, plus de 5 000 objets ont été préservés et restaurés pour entretenir l’âme du lieu tout en adoptant un style contemporain. Ici, la vie suit le rythme des saisons. L’été est consacré à la voile et à la pêche, aux promenades sur la plage et aux cocktails sur la pelouse, au coucher du soleil. En automne, le paysage se pare de nuances dorées et les familles se réunissent pour boire du cidre autour de la cheminée. Ce rythme traduit une connexion profonde avec les coutumes maritimes. Depuis 1935, l’Off Soundings Club perpétue la tradition des régates. Au printemps, ce sont près de 100 voiliers qui s’affrontent, depuis le phare de Watch Hill jusqu’à l’île de Block Island. Les hôtes d’Ocean House regardent la flotte réaliser des prouesses dans le détroit, ou réservent leur propre excursion en voilier. Entre ses murs, la propriété met en lumière l’artisanat maritime, comme les boiseries éblouissantes de la suite Morgan, où 10 couches de vernis rappellent le fini brillant des intérieurs d’un yacht.
L’histoire du Weekapaug Inn commence en 1899, lorsque la famille Buffum accueille pour la première fois des vacanciers dans ce coin paisible de Westerly, dans l’État de Rhode Island. L’architecture de style Cape Cod, le mobilier ancien, les oeuvres d’artistes locaux et les boiseries précieuses reflètent la sobriété élégante de la Nouvelle-Angleterre. Séparé de l’océan par un cordon littoral, l’hôtel longe la lagune de Quonochontaug. Entre séances de paddle dans la lagune et promenades sur la plage balayée par le vent, la journée est ponctuée de voile en été, d’observation des oiseaux au printemps, à l’automne et en hiver, de jeux de société au coin du feu. La pelouse de l’hôtel, avec ses fauteuils Adirondack qui invitent à la détente, offre une vue magnifique sur le paysage marin. Dans une scène semblant issue d’une autre époque, les courts de shuffleboard résonnent du claquement des palets. À l’intérieur, des puzzles artisanaux – des jeux de réflexion autrefois prisés par Carnegie et Rockefeller – offrent une autre source de distraction. « Ces jeux traditionnels permettent aux clients de renouer avec leurs proches de manière complice et enrichissante », explique le directeur général Daniel Abrashoff. « Nous leur montrons ainsi combien il est important de passer du temps en famille et de pratiquer des loisirs malgré leur emploi du temps surchargé. »
Installé au détour de Main Street, à Chatham, dans le Massachusetts, l’hôtel Chatham Inn accueille ses clients comme il le fait depuis près de deux siècles : avec élégance et attention. Cet établissement ouvert en 1830 est le plus ancien hôtel de Cape Cod toujours en activité. Plus qu’une simple halte, le lieu est devenu un espace de villégiature : ses chambres à la décoration raffinée, son service attentionné et ses repas élégants ont marqué un tournant dans l’histoire de l’hôtellerie américaine. Un héritage qui perdure aujourd’hui. « La période victorienne a redéfini l’art du voyage », explique la Maître de maison Una Stojkovic. La salle à manger et le bar à vin proposent l’une des cuisines les plus innovantes du cap. Au restaurant Cuvée, le chef Bronson Waguespack puise l’inspiration dans la terre et la mer. La cueillette, autrefois une nécessité pour les premiers colons et navigateurs, est aujourd’hui une pratique culinaire reconnue qui procure cimes d’épicéa bleu, baies de genévrier, ail des bois, orties pour créer des plats aux saveurs uniques de Cape Cod.
Sur une étroite langue de terre où l’Atlantique rencontre la baie de Nantucket, The Wauwinet, du nom du chef amérindien Wampanoag qui régnait autrefois sur ces terres, se dresse telle une sentinelle au-dessus de la mer. Depuis 1875, cet avant-poste isolé sur la côte est de l’île de Nantucket accueille les voyageurs en quête de solitude et d’air salin. Bordé par le grand large d’un côté et par les eaux tranquilles de la baie de Nantucket de l’autre, l’emplacement unique de l’hôtel offre un accès privilégié à certains des meilleurs spots de pêche de la région. Les clients se joignent au capitaine Rob McMullen à bord du Wauwinet Lady pour une excursion, embarquent pour une aventure en haute mer ou lancent leur ligne directement depuis le rivage à l’aube. Ce sont ces mêmes eaux qui inspirent le menu du chef Kyle Zachary. Au restaurant Topper’s, il met à l’honneur le tassergal de l’Atlantique, dont il équilibre la richesse avec une escabèche vinaigrée et des légumes croquants. De précieux fruits de mer, dont les coquilles Saint-Jacques de la baie de Nantucket, complètent une carte qui célèbre la générosité de la mer à travers des plats élégants, simples et ancrés dans leur terroir.
Situé à quelques pas du Lexington Battle Green, où les premiers coups de feu de la guerre d’indépendance ont retenti le 19 avril 1775, Inn at Hastings Park est un monument vivant aux idéaux qui ont façonné la nation. Composé de trois bâtisses du xixe siècle soigneusement restaurées – la maison principale, la maison Isaac Mulliken et la grange –, l’hôtel propose une alliance élégante de sophistication et de confort contemporain. Ici, tout rend hommage à ses racines révolutionnaires. Il est possible de visiter le Battle Green où la milice coloniale a pour la première fois affronté les troupes anglaises, marquant le début de la guerre d’indépendance, ou encore de déguster un cocktail à quelques minutes des tavernes où les patriotes débattaient des promesses d’une nouvelle république. L’hôtel collabore avec des historiens et des musées pour proposer visites guidées et reconstitutions historiques immersives ressuscitant le passé. « Il ne s’agit pas que de Lexington », explique la propriétaire Trisha Pérez Kennealy. « Grâce à sa proximité avec Concord, Cambridge, Boston, Salem et Plymouth, l’hôtel constitue une base idéale pour découvrir tout ce que cette région a à offrir et les différentes époques de l’histoire de notre pays. »
Franchir les portes recouvertes de lierre de The Charlotte Inn, c’est revenir à une autre époque, un monde empreint de l’élégance étincelante des années 1910. Niché dans une ruelle tranquille d’Edgartown, sur l’île emblématique de Martha’s UnisVineyard, dans le Massachusetts, The Charlotte Inn ressemble davantage à un manoir privé qu’à un hôtel. Depuis sa transformation en joyau de l’hôtellerie, il a conservé l’élégance d’une époque révolue tout en intégrant harmonieusement le confort moderne. Chaque chambre est unique, ornée de meubles anciens, de luminaires d’époque, de papier peint apaisant et d’une sélection d’oeuvres d’art qui illustrent le tournant du siècle dernier. Ici, la décoration plonge les hôtes dans l’histoire de la région. Les étagères débordent de livres anciens dans des salons où crépite un feu de cheminée. Beaucoup d’objets, qu’il s’agisse d’un secrétaire sculpté ou d’un portrait encadré, ont été choisis avec le même soin qu’un historien de l’art accorderait à une collection privée. À l’extérieur, des jardins parfaitement entretenus prolongent la thématique. Terrasses en fer forgé, allées bordées de buis et rosiers grimpants offrent un cadre serein pour un thé ou un verre de vin, comme dans une ravissante maison de campagne anglaise, mais avec toute l’âme de la Nouvelle-Angleterre.
05 mars 2026
Christine Chitnis