Sur la route
de l’Inde du Sud (2/3)

Le road trip en trois étapes du Kerala au Karnataka se poursuit. Seconde escale : le village lacustre de Muhamma et les Backwaters dont les 1 500 kilomètres de canaux et de lagunes forment un labyrinthe envoûtant.

Sur la route|de l’Inde du Sud (2/3)

Le road trip en trois étapes du Kerala au Karnataka se poursuit. Seconde escale : le village lacustre de Muhamma et les Backwaters dont les 1 500 kilomètres de canaux et de lagunes forment un labyrinthe envoûtant.

Je quitte Cochin et la voiture roule bientôt entre deux eaux. À l’ouest, la mer d’Arabie, partie de l’océan Indien. À l’est, les Backwaters, réseaux de canaux qui filent en parallèle à l’intérieur des terres. Une dizaine de kilomètres à peine sépare les deux espaces liquides. La route est noyée sous des frondaisons exubérantes. Teck, bois de rose et santal, cocotiers, hibiscus, bougainvilliers et cocotiers chargés de noix. Peu de temps encore et la voiture bifurque sur sa droite, suit un chemin de terre, puis apparaît une plage, immaculée. De longues barques de pêche, ornementées de joyeux dessins, semblent alanguies jusqu’à l’horizon. Pour autant le petit monde des pêcheurs s’active. Les filets, vert bouteille et rouge grenat, sont raccommodés puis hissés à bord d’embarcations par quatre, cinq, six hommes en une danse orchestrée par des mains rugueuses, agiles. Ces filets-ci sont utilisés pour la pêche aux King Prawns, ces énormes crevettes qui s’en vont régaler les palais raffinés, européens ou japonais. Des cahutes joliment décorées offrent thé et jus de fruits. Le dimanche, elles accueillent les familles venues profiter de l’océan, les copines de classe parties déguster quelques glaces, de jeunes amoureux, respectueux. Puis c’est un autre chemin qui part en direction opposée, plein est. En son bout, un portail, une demeure ex nihilo, sortie de nulle part : Purity. Le vaste hall d’entrée est une galerie d’art. Suit une pièce d’eau centrale en plein air, cernée de terrasses où des tables de teck sont joliment dressées. Au-delà est un vaste jardin qui donne sur un lac naturel, immense, le second plus grand des Indes. Il y règne une paix lacustre. Quelques barques de pêcheurs scandent de traits de fusain le silence de cet océan intérieur. Je songe à des estampes japonaises, des dessins sur papier de riz d’Indochine. Le déjeuner est un sublime instant de vie : Douze currys comme douze offrandes, dosages savants de piments et feuilles de curry, de tamarin et de cumin. Un peu d’aigreur, un parfum citronné, des saveurs inconnues, de sucre naturel, disposés sur une palette de peintre cuisinier, large feuille de bananier.

De longues barques de pêche, ornementées de joyeux dessins, semblent alanguies jusqu’à l’horizon.

 

CROISIÈRE SUR LES BACKWATERS

Il est des jours plus difficiles que d’autres et j’embarque avec pour tout équipage, le capitaine, un marin et le cuisinier. Le navire est constitué d’une cambuse, d’une chambre avec salon et d’un pont supérieur. De cette altitude modérée je contemple la vastitude du lac Vembanad. Ses berges où tel un collier de perles, les carrelets de pêche chinois, immenses filets tendus en un triangle de bambou, manœuvrés grâce à un astucieux système de contrepoids, remontent inlassablement leur moisson de poissons. Il faut vingt minutes pour traverser cette mer intérieure où œuvrent quelques pêcheurs, voguent les touffes de palétuvier en fleurs. Au-delà sont ces fameux Backwaters, soit près de 1 500 kilomètres de canaux parallèles à la mer. Les lourdes barges à riz chargent et déchargent la fibre et l’amande de coco, la noix de cajou. Il règne une paix dont profitent les martins-pêcheurs, posés sur quelques fils électriques, le long de ces digues où apparaissent d’infimes villages, des églises, des mosquées, des écoles et des temples.

 

D’autres barges (elles ont muté) se prêtent à la croisière. Cela va de petits bateaux où les amoureux vivent leur idylle entre l’eau et les étoiles, à de plus vastes bâtiments où la fête bat son plein, où des étudiants indiens vont swinguer jusqu’à la nuit venue. Au-delà des digues voici les rizières, en contrebas, posées en dessous du niveau de la mer. Ici commence le « Bol de riz de l’Inde ». À vingt mètres des canaux, les tracteurs sont équipés de roues à aubes et filent au travers des champs, affolent les nuées de hérons blancs qui se reposent, aussitôt l’engin passé. Ce soir, quelques gouttes tombent du ciel. De ma chambre d’hôtel et de verre, je contemple les ronds de pluie sur le lac. Je ne suis pas seul. Un couple d’écureuils est à mes côtés, à regarder, à grignoter, à profiter du temps qui passe, en toute sérénité.

 

 

À suivre : fin du périple au Kerala et découverte de Bangalore, autour du thème du bien-être.

Articles connexes dans notre magazine
Costa Rica : jardin d'eden
Costa Rica: jardin d'eden
Cliquez ici pour lire
La délicatesse des jardins | romantiques anglais
La délicatesse des jardins
romantiques anglais
Cliquez ici pour lire