Cocktails avec Kentridge

La plus grande collection d’art du Cap ne se trouve ni dans un musée ni dans une galerie mais dans l’hôtel le plus exclusif de la ville : Ellerman House. Ici, les hôtes mangent, boivent, dorment et vivent avec les maîtres sud-africains d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Cocktails avec Kentridge

La plus grande collection d’art du Cap ne se trouve ni dans un musée ni dans une galerie mais dans l’hôtel le plus exclusif de la ville : Ellerman House. Ici, les hôtes mangent, boivent, dorment et vivent avec les maîtres sud-africains d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Vue sur la galerie d’art de l’hôtel Ellerman House

Quand je pense à l’art dans les hôtels, me viennent pêle-mêle en tête une aquarelle de voilier glissant dans un port anonyme, une photo en gros plan d’un tournesol, les gouttes de rosée sur ses pétales luisant au soleil, et des pièces plus abstraites telles que ces imitations de Mark Rothko faites de blocs rouges et jaunes se fondant tristement l’un dans l’autre.

L’idée que je puisse trouver dans un hôtel une œuvre d’art - voire une collection entière - qui me fasse venir les larmes aux yeux ne m’a jamais effleurée. Encore moins celle que j’y découvre un artiste dont le travail m’inspire au point de sauter dans ma voiture de location, direction le quartier des galeries pour acheter une de ses œuvres. Et pourtant, c’est tout à fait ce qui peut arriver à Ellerman House.

J’ai toujours admiré l’art sud-africain. Les paysages de Thomas Bowler, reflets réalistes autant qu’éthérés de la province du Cap occidental au XIXème siècle, semblent encore aujourd’hui bien vivants. L’étrange mélange de surréalisme et de réalisme de Pierneef est tout à la fois troublant et drôle. Et William Kentridge, le célèbre artiste usant de techniques mixtes, est le Bob Dylan de l’art contemporain d’Afrique du Sud. Les (re)découvrir sur les murs d’Ellerman House fut une expérience unique - d’une nature qu’aucun musée ne peut offrir.

Je pris le petit-déjeuner avec John Meyer et ses œuvres de genre narratif, sombres et évocatrices. Dans la bibliothèque, je lus en compagnie de Wim Botha et son insolite sculpture de livres. Puis il y eut des cocktails avec William Kentridge dans le salon et des verres de pinotage avec Angus Taylor dans la cave à vins. En fin de journée, je contemplai le coucher de soleil sur Bantry Bay en compagnie de Beezy Bailey et Willem Boshoff. Aucune galerie d’art du Cap - aucune galerie au monde en fait - ne peut offrir de tels moments d’intimité avec les œuvres d’art.




Si je rencontrais les plus grands artistes sud-africains du passé au hasard des couloirs de l’hôtel, la visite de sa galerie d’art contemporain me permit de faire connaissance avec les créateurs d’aujourd’hui. Des œuvres évocatrices, parfois subversives, d’artistes tels qu’Anton Kannemeyer me parlèrent d’apartheid et des problèmes raciaux qui perdurent en Afrique du Sud. Je découvrais de nouveaux artistes tels que Blessing Ngobeni, dont le travail frénétique me rappela Jean-Michel Basquiat. Parfois, les meilleures leçons d’histoire et de politique ne s’apprennent pas dans les livres mais se vivent :  c’est l’effet que ces œuvres eurent sur moi.

Mais l’émotion la plus forte, je la ressentis au fond de la maison, devant le petit garde-manger où j’étais venu m’approvisionner en cupcakes et macarons un après-midi. C’est là, juste en face de la cuisine, que je fis la connaissance de Mary Sibande et de son alter-ego Sophie, une domestique habillée d’un costume bleu roi, croisement entre l’uniforme de bonne et la robe victorienne. Sur la photographie intitulée They Don’t Make Them Like They Used To (littéralement : on n’en fait plus des comme ça), les yeux de Sophie sont fermés et elle tricote un pull bleu roi orné d’un grand « S » - comme si il s’agissait de l’uniforme d’un Superman inconnu. Elle est tout à la fois calme, triste, solitaire et rêveuse. Magnifique de poésie. Les larmes me sont venues aux yeux.

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