The Surrey Hotel,
New York, home sweet home

Pour l’enfant du Connecticut résidentiel que j’étais, la gare Grand Central était la promesse d’un univers autrement plus vibrant et intéressant que ma bucolique ville natale : New York, celle qui faisait battre mon cœur.

The Surrey Hotel,|New York, home sweet home

Pour l’enfant du Connecticut résidentiel que j’étais, la gare Grand Central était la promesse d’un univers autrement plus vibrant et intéressant que ma bucolique ville natale : New York, celle qui faisait battre mon cœur.

Par bonheur il est des choses qui ne changent pas et l’excitation était la même quand j’en émergeais pour héler un taxi en ce récent vendredi après-midi. Peut-être même plus grande car je m’apprêtais à passer un week-end en amoureux à Manhattan.

Le jardin sur le toit de l’hôtel Surrey à New York

La différence de taille cette fois était l’adresse uptown (NDLT : quartier huppé situé dans la partie nord de Manhattan) que je donnai au chauffeur. En remontant Park Avenue nous passâmes devant le bel immeuble de briques rouges où mes tante, oncle et cousins vécurent de nombreuses années et dont la salle à manger à la douce lumière m’accueillit tant de fois pour Thanksgiving et Noël. Puis nous tournâmes à gauche vers Central Park et ce berceau de verdure à peine aperçu, nous nous arrêtâmes devant le Surrey Hotel. Devant l’élégante entrée en pierre de taille surmontée d’une marquise en métal, les portiers souriants me firent penser à ceux de l’immeuble familial sur Park Avenue, ces charmants hommes à l’accent irlandais que j’avais fini par si bien connaître.

Petit et intime, le hall d’entrée du Surrey n’a rien non plus de celui d’un hôtel et j’avais la sensation d’être un habitué - alors que c’était la première fois que je venais ici - tant le personnel était naturellement chaleureux et bienveillant. Plus qu’un check-in à l’hôtel, c’était comme si j’arrivais chez des amis. Et sur ces premières (et étonnantes) impressions, je commençais à saisir ce qui fait le charme unique de cette délicieuse propriété : une subtile capacité à traduire l’art de vivre de l’Upper East Side de Manhattan - un quartier avec ses propres codes et son esthétique - en une expérience d’hospitalité authentique, loin de tout pastiche.

Comme tous les grands hôtels, le Surrey fait plus que raconter l’histoire d’un lieu : il vous permet d’en faire partie. Le personnel vous initie aux mœurs des gens du cru et, ce faisant, fait de votre séjour dans ce quartier urbain parmi les plus luxueux et chargés d’histoire au monde une plaisante expérience anthropologique. C’est sans doute la raison pour laquelle les locaux  fréquentent autant l’hôtel : ils s’y sentent les bienvenus, compris, un peu comme à la maison.

Comme ces élégantes dames - parfait exemple de ce singulier mélange d’allure sportive et de toilette impeccable qui surprend toujours les asiatiques et européens de passage -,  qui déjeunaient d’une salade aux tables installées sur le trottoir en cet après-midi d’été indien. Ou ces voisins chics réunis autour d’un verre de vin ou d’un café au Bar Pleiades. Quand nous descendîmes pour dîner au Café Boulud ce soir là, la salle à manger bourdonnait de cette énergie locale et plus de la moitié des tables étaient occupées par des gens du quartier venus goûter à l’excellente cuisine cosmopolite et de saison du chef Aaron Bludorn, formé auprès du chef-propriétaire Daniel Boulud, et de son chef pâtissier Ashley Brauze.

Tel un nid perché en hauteur, notre suite offrait une vue incroyable sur le captivant enchevêtrement visuel d’espaces publics et privés qui rend la vie dans une ville aussi dense que Manhattan tellement électrisante. Avec leurs épais tapis, orchidées blanches, portes et moulures en bois massif, douce palette de tons ocres discrètement ponctuée ici et là de bleu givré, gris tourterelle et céladon - en un mot, avec leur bon goût désinvolte - la chambre et le salon me ramenèrent à nouveau dans l’appartement de ma tante, ce grand dédale de pièces conduisant au salon où les coussins de plumes qui habillaient les chaises et canapés en damas poussaient un soupir quand vous vous asseyiez dessus.

À la différence, toutefois, que le Surrey modernise habilement ce luxe intemporel par touches intelligentes et drôles, souvent malicieuses, quand chez ma tante, la seule note d’humour se résumait à des dessins originaux du New Yorker encadrés. En réalité, le bon goût sans faille de l’humour au Surrey tient à son auto-ironie, une sensibilité que l’on retrouve dans des détails tels que le graffiti habillant la chaise longue en métal gris de l’une des suites et dans l’art contemporain, comme la photo agrandie de Kate Moss dans le hall d’entrée.

L’autre fil rouge de cet hôtel est le luxe à son essence, perceptible en tout, fruit d’une attention constante mais discrète portée à tous ces détails qui n’en sont pas et qui font le vrai confort : les produits Diptyque, la célèbre maison parisienne de parfums et bougies parfumées, présents sur les comptoirs en marbre des salles de bain ; les peignoirs Pratesi, blancs et moelleux ; les piles de fascinants livres d’art dans le salon ; la machine à espresso ; le linge de lit somptueux et l’incroyable travail de la lumière partout. Si le temps le permet, le Surrey possède également un superbe bar sur le toit-terrasse, probablement le plus sexy de tout Manhattan. Un lieu qui aurait plu autant à celle qui fut la grande dame mondaine et philanthrope de la ville pour de nombreuses générations, Brooke Astor, qu’à feu Andy Warhol ou son ami Helmut Newton.

Même si je l’ai délibérément ignorée durant tout le week-end, l’hôtel dispose également d’une excellente salle de gym. Mais ce qui m’a le plus agréablement surpris au Surrey, c’est son emplacement. Quand j’ai quitté New York il y a plus de vingt cinq ans, déménageant d’abord à Londres puis à Paris où je vis depuis plus de deux décennies, j’étais un inconditionnel du downtown New York (NDLT : partie sud de Manhattan). Bien sûr, je m’aventurais occasionnellement uptown pour les musées ou, plus rarement, pour rendre visite à ma tante, mais ma vie se déroulait essentiellement en dessous de 23rd Street.

Imaginez donc mon étonnement à être aussi charmé par un quartier que j’avais dans le passé méprisé pour son côté désespérément guindé. Au contraire, cette fois-ci j’étais séduit par les jardins miniatures parfaitement entretenus et les grilles de métal noir entourant la base des arbres qui abritent les trottoirs du soleil et donnent une échelle humaine à cette ville immense et pleine à craquer. J’étais intrigué par l’architecture du quartier et conquis par la courtoisie ambiante et le calme. C’était un bonheur d’être à deux pas de certains des meilleurs musées, galeries et adresses shopping de New York (sur Madison Avenue, ne ratez pas le magasin Thomas Maier ou la boutique 1883 Perrin), avec en prime Central Park comme jardin.

Pourtant, ce qui me frappait le plus dans ce séjour au Surrey, c’était de me sentir à nouveau chez moi en même temps que je découvrais une partie de cette ville dont je pensais connaître les moindres recoins. Cela faisait longtemps que je n’avais pas ressenti autant de mélancolie à quitter un hôtel. Mais je sais que je reviendrai.

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