Entre vins et merveilles

Du Cap, il faut à peine une heure pour se rendre au Delaire Graff. L’ancien vignoble, agrémenté aujourd'hui d’un lodge très exclusif, s’est imposé comme une étape incontournable sur la mythique et panoramique Helshoogte, cette route sillonnant l’une des plus belles campagnes au monde.

Entre vins et merveilles

Du Cap, il faut à peine une heure pour se rendre au Delaire Graff. L’ancien vignoble, agrémenté aujourd'hui d’un lodge très exclusif, s’est imposé comme une étape incontournable sur la mythique et panoramique Helshoogte, cette route sillonnant l’une des plus belles campagnes au monde.

Le Delaire Estate est devenu depuis 2003, date de son rachat par Laurence Graff, le joaillier des milliardaires et des têtes couronnées, le Delaire-Graff Estate. Parfaitement situé entre Stellenbosh, la ville des chênes, et la divine Franschhoek, bourgade arty aux faux airs de Provence, le domaine impose dans tous les sens du terme et plus particulièrement pour son point de vue unique sur le Simonsberg.

Une arrivée ici au cœur de l’automne, quand les vignes explosent en un éventail de couleurs fauves et que le soleil plonge le paysage jusqu’à la Montagne de la Table dans un bain rubigineux vaut tout autant que les diamants acquis par l’homme d’affaires philanthrope et exposés pour certains dans ce Domaine pour le moins exceptionnel. Plus que les gemmes aux carats affolants, qui comptent pourtant parmi les plus spectaculaires au monde, le panorama demeure l’objet toutes les convoitises. Ce n’est pas pour rien qu’à flanc de colline et en surplomb des vignes tirées au cordeau, une clairière que l’on prendrait pour un avant-poste du Paradis a été aménagée. Tout juste si l’on devine de là l’architecture des lieux et la dizaine de pavillon-villas. Bientôt rejoints par quelques autres, ces lodges, typiques du style Cape Dutch en façade, cachent bien leur jeu. Ils réservent au jardin ou à la vallée vers lesquels ils sont tournés la modernité de leur structure tout en baies vitrées. Conçus comme le reste du domaine par le studio anglais David Collins, dans un esprit des plus consensuels, ces unités pour la plupart à la vue imprenable offrent tout le confort moderne de la cuisine pour le majordome à la terrasse privée en passant par un véritable bassin extérieur chauffé, sans parler d’un vaste salon et d’une pléthore d’amenities allant bien au-delà des standards habituels. Delaire Graff Estate ne fait pas les choses à moitié. SI les chiffres et ratios donneraient le tournis à n’importe quel autre hôtelier, il en faudrait plus pour inquiéter Sir Laurence dont le portrait par Lionel Smit trône en majesté à l’entrée de ses caves de 230 tonnes parmi les plus avancées de tout le continent.

Avec près de 200 personnes à son service et celui de la vingtaine d’hôtes à se partager une propriété de vingt hectares, rendue à la plus absolue des quiétudes une fois ses visiteurs disparus, le collectionneur patenté et à l’oeil acéré ne voit pas les choses comme Monsieur tout le monde. L’homme, connu pour son talent à laisser parler les pierres, considère ici que l’écrin naturel, aussi remarquable soit-il, ne saurait suffire à parfaire son joyau. S’il n’expose en son paradis viticole aucun des célébrissimes tableaux européens ou américains qu’il a acquis au fil des ans et pour lesquels il s’est rendu célèbre, il a laissé libre cours à sa passion récente pour l’Art africain. Pas de Warhol, de Basquiat ou de Bacon aux cimaises donc mais des Smit à foison, du Kumalo, du Kentridge, du Schimmel ou du Skotnes entre autres. En dehors de la Jeune Chinoise de Tretchikoff, l’une des curieuses icones du XXème siècle revenue en Afrique du Sud par son truchement, il n’est pas un coin de sa propriété qui ne s’enorgueillisse de cet hommage appuyé au continent noir, à sa faune, sa flore ou son peuple. Le plus bel exemple en est sans doute l’impressionnante série de bronzes signés du prolixe Dylan Lewys montant la garde aux entrées ou rythmant les allées manucurées imaginées par Keith Kirsten dans ce parc qui n’a de limites que les montagnes. Véritable conservatoire d’espèces endémiques comme les Crassula ou Protea, et appelé à fleurir 365 jours par an, il part du même principe que le potager ou l’approvisionnement en ressources animales : célébrer la diversité et la naturalité d’une région unique en son genre. Sous les frondaisons des chênes, à l’abri des parasols ou d’une nuée d’hirondelles, impressionnante sculpture d’Andre Stead et Lionel Smit, la cuisine des chefs se veut autant exemplaire qu’exquise, aussi bien au gigantesque Delaire Graff Restaurant qu’à l’intime Indochine, qui comme son nom l’indique fait entrer l’Asie par touches très esquissées. Il y a là, comme partout ailleurs sur le Domaine, une réelle volonté d’excellence mais plus que cela une recherche du meilleur dans cette envie de bien faire et dont l’humain ne serait évidemment pas absent. Au Delaire Graff Estate, contrairement aux apparences, l’emphase ou la grandiloquence n’ont pas vraiment leur place. L’ensemble se veut finalement à l’image du service, avec ce qu’il faut de proximité et de déférence, aussi mesuré et complémentaire que le label Relais & Châteaux auquel il appartient.

 

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