Publié le 26/07/2019

Cap sur Salina

La plus verte des îles éoliennes, c'est elle : Salina la sauvage, où Capofaro élève à son extrémité un phare immaculé au milieu d'un vignoble enchanteur. L’endroit idéal pour découvrir la culture méditerranéenne tout en respectant sa profonde fragilité.

Cap sur Salina

La plus verte des îles éoliennes, c'est elle : Salina la sauvage, où Capofaro élève à son extrémité un phare immaculé au milieu d'un vignoble enchanteur. L’endroit idéal pour découvrir la culture méditerranéenne tout en respectant sa profonde fragilité.

Être parvenue au bout du monde, tout en étant à l’épicentre d’un univers mythiquement antique : en regardant le soleil se coucher sur les vignes de malvoisie de Capofaro, les deux volcans éteints de Salina dans mon dos et les îles volcaniques de Lipari et Vulcano face à moi, j’ai perçu un instant ce qu’était la Méditerranée. Difficile de ne pas tomber dans les clichés pour exprimer le ravissement qui s’empare du voyageur lorsqu’il pose enfin sa valise à Capofaro : seul un bateau dessert les sept îles éoliennes, situées au large de la Sicile. Cette Sicile que j’ai arpentée toute mon enfance et mon adolescence, je n’y avais pas remis les pieds depuis vingt ans, de peur d’abîmer mes souvenirs baignés d’une joie insolente. Mais Salina, ce n’est ni vraiment la Sicile, mais pas tout à fait la Grèce, un mélange unique de nature brute - néfliers, genêts et fenouil maritime croissent ici en liberté - et d’élégance rugueuse, donnant un charme fou à ce caillou verdoyant.
 


À la pointe de l’île, le vignoble de Capofaro, que l’on repère depuis la mer à son phare immaculé – dans lequel j’ai même eu la chance de dormir - est émaillé de maisonnettes discrètes et fraîches, d’une sobriété reposante. Car sur une île où les bateaux apportent le boire et le manger, et où le moindre déchet doit repartir sur le continent, le combat pour la préservation de l’environnement est quotidien.

À la barre de Capofaro, Margherita Vitale, sa directrice, et Ludovico De Vivo, le chef : avec la vie inscrite dans leur nom même, on comprend bien que cet établissement affiche plus que des convictions, mais un art de vivre totalement durable. Pas de plastique dans les salles de bain, ni de brochures imprimées, mais aucun prosélytisme pour autant. Mais si vous avez oublié votre dentifrice, c’est sous forme de comprimé qu’on vous le proposera – la seule forme disponible sans plastique : comme le dit Margherita, « Nous faisons simplement de notre mieux, parce qu’il s’agit de notre responsabilité. Le luxe, ce n’est pas d’avoir toujours plus, mais plutôt peu d’éléments, bien choisis, bons et locaux ».
 


Le chef Ludovico, qui commence sa journée par une cueillette dans son potager surplombant la piscine, applique la même philosophie dans l’assiette : ses spaghetti à la tomate, d’apparence simples mais explosifs de saveurs, concentrent le goût du soleil et du blé ancien.

Le grain Senatore Cappelli est en effet cultivé dans l’une des quatre autres maisons siciliennes formant la Tasca d’Almerita, groupement d’exploitations agricoles et hôtelières unissant des établissements à l’éthique commune. L’huile d’olive, ainsi que le blé pour les pâtes et le pain sont partagés autour de la Sicile par tous ces domaines produisant également du vin : olive, vin et blé, soit le triptyque fondateur des civilisations méditerranéennes. À Salina, il convient d’ajouter le câpre, précieusement protégé par une Sentinelle Slow Food. Ce buisson doucement épineux, aux exubérantes fleurs blanches et étamines violettes, a pris ici ses aises. Si on le croise entre les pierres de Capofaro, seuls 5 producteurs le récoltent à la main sur l’île, et font patiemment fermenter ses bourgeons dans le gros sel, lui ôtant toute amertume et révélant son parfum incroyablement savoureux. Ludovico De Vivo va même jusqu’à utiliser ses feuilles afin d’explorer toutes les facettes de ce trésor insulaire… Parce que quand on a la chance d’avoir de tels câpres, on n’a nullement besoin de caviar. Et parce qu’à Salina, la nature a tous les droits, et surtout celui d’être respecté.
 

Texte : © Estérelle Payany
Photos : © Anne-Emmanuelle Thion

 

INFORMATIONS

 
Articles connexes dans notre magazine
Évasion automnale dans le plus|  chic des boutiques-hôtels | de la campagne anglaise
Évasion automnale dans le plus
chic des boutiques-hôtels
de la campagne anglaise
Cliquez ici pour lire
L’allure intemporelle | du Lake Placid Lodge
L’allure intemporelle
du Lake Placid Lodge
Cliquez ici pour lire