Deux siècles de
scotch dans un verre

Bladnoch est la plus ancienne distillerie privée d’Écosse. Installée depuis 200 ans dans les Lowlands, les terres du Sud, elle a bien failli disparaître… jusqu’à ce qu’un jeune entrepreneur australien, David Prior, n’en tombe amoureux et ne décide de la relancer

Deux siècles de | scotch dans un verre

Bladnoch est la plus ancienne distillerie privée d’Écosse. Installée depuis 200 ans dans les Lowlands, les terres du Sud, elle a bien failli disparaître… jusqu’à ce qu’un jeune entrepreneur australien, David Prior, n’en tombe amoureux et ne décide de la relancer

 

Les archives locales racontent qu’en 1674, une baleine remonta le cours de la Bladnoch river et s’échoua sur le sable, sauvant les habitants de la famine qui courrait cette année-là. Aujourd’hui, pas de cétacé en vue dans ce cours d’eau qui serpente à travers prés, mais la rivière est toujours source de richesse pour le petit village écossais qui porte son nom. C’est à partir de son eau pure que depuis deux siècles on distille un whisky apprécié des connaisseurs.

Le destin de la distillerie Bladnoch avec ses murs de pierres sombres et sa haute cheminée en forme de pagode n’a pas toujours été rose. La production s’est même arrêtée pendant six ans, jusqu’à ce qu’un certain David Prior en fasse l’acquisition en 2015. Ce jeune entrepreneur australien, surfeur à ses heures, avait auparavant fait fortune à Melbourne dans le yaourt bio ! Amoureux depuis longtemps du whisky d’Écosse, mère patrie du single malt, il a eu un coup de cœur pour cette distillerie en sommeil.

S’il rénove l’endroit peu à peu, David en rachetant la distillerie a surtout fait l’emplette de son trésor de guerre. Dans les profondeurs de ces longs hangars gris reposent en effet des milliers de fûts de chêne où le whisky mâture lentement. L’alcool se forge son caractère, se chargeant d’arômes de café, de fruits secs, de réglisse.

Tout commence ici, à l’entrée du grand hangar dont Neil nous ouvre les portes. C’est là que l’orge qui a été auparavant « maltée », c’est à dire, humidifiée, séchée puis grossièrement broyée, va être ensuite brassée dans une immense cuve. L’eau puisée dans la rivière, successivement chauffée de 60 à 85°, est mélangée à ce malt broyé (le grist) pour en libérer peu à peu le sucre et les senteurs.

Tout comme l’eau, prélevée dans la rivière toute proche, l’orge, sélectionnée ici chez des producteurs locaux, est l’un des facteurs essentiels de la typicité des whiskys. Ceux des Lowlands, comme Bladnoch, ont la réputation d’être souvent secs et légers. Et la plupart du temps on y retrouve de subtiles notes herbacées qui sont leur marque de fabrique.

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À l’issu du brassage, le mélange d’eau et de malt est refroidi à 20° et transféré dans ces immenses cuves de 25 000 litres taillées dans du pin d’Oregon. Ce que l’on appelle des washbacks. C’est ici que le whisky va fermenter entre deux à trois jours. On y ajoute pour cela le dernier élément qui rentre dans la composition de ce breuvage : la levure. Ingrédient dont les proportions ou la variété restent le secret de chaque distillateur.



Encore peu chargé en alcool (8° environ), ce whisky parvient ensuite dans la salle des alambics. C’est ici qu’il sera deux fois distillé dans ces immenses pot still en cuivre et prendra toute sa puissance — comptez 40° minimum pour un whisky embouteillé —. Notons que David Prior vient de refaire fabriquer ses alambics par la fameuse chaudronnerie écossaise Forsyths, fondée dans les années trente et considérée comme la rolls du métier.

Pour acquérir sa couleur et développer ses notes aromatiques, ce jeune whisky est ensuite transféré dans des fûts de chêne en provenance d’Espagne, de France ou d’Amérique. Ces tonneaux qui ont contenu autrefois sherry, bordeaux ou bourbon, vont donner aux whiskys qui y vieillissent une palette de plus en plus riche et diverse au fur et à mesure d’un vieillissement prolongé bien au-delà des trois années minimales qu’impose la loi. À Bladnoch, on est ainsi assez fier du whisky Adela, récemment sorti, et double médaille d’or l’an dernier au fameux concours des spiritueux de San Francisco. Pour avoir pu goûter ce single malt de 15 ans à Glennap Castle, j’avoue que ce whisky vieilli dans des fûts de Xéres possède un délicieux nez de cerises fraîches et de biscuit au café. Quant à la bouche, elle développe des saveurs de chocolat noir et une pointe d’épice : poivre et girofle. Mieux vaut oublier les glaçons !


 

Photographies: © Francis Hammond

 

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