Christian Rambaud, un poisson pilote
à la Commission européenne

Quand on discute avec Christian Rambaud, 30 ans de Commission au compteur, pas une once de dépit ou d’amertume dans son discours, mais de l’enthousiasme à revendre quand il regarde la success story de l’Europe en matière de pêche durable.

Christian Rambaud, un poisson pilote|à la Commission européenne

Quand on discute avec Christian Rambaud, 30 ans de Commission au compteur, pas une once de dépit ou d’amertume dans son discours, mais de l’enthousiasme à revendre quand il regarde la success story de l’Europe en matière de pêche durable.

Le monde de la pêche a fait des efforts considérables en matière d'innovation

Alors qu’à l’Unesco on remet le prix Roellinger à de jeunes chefs ayant brillamment concourus pour montrer leur engagement pour une pêche durable, on demande à Christian Rambaud si un tel événement eut été envisageable dix ans auparavant.

« Je ne pense pas. Il y a dix ans on était encore dans l’idée que les ressources étaient plus ou moins inépuisables et la prise de conscience restait une affaire de spécialistes. Vous vous souvenez de la dernière fois où l’on en est venu aux armes pour des questions de pêche ? Ça n’est pas si vieux, c’était la guerre du Flétan en 1995 où les canadiens ont arraisonné un bateau espagnol qui péchait illégalement des espèces protégées ! Ce qui a vraiment accéléré la prise de conscience, c’est la crise du thon rouge débutée en 2004 où tout le monde a compris que les stocks n’étaient pas inépuisables. »

Crise qui a d’ailleurs amené Relais & Châteaux en 2010, sous l’impulsion de son vice-président Olivier Roellinger, à bannir le thon rouge de la carte de ses hôtels et restaurants.

Mais le militantisme de Christian Rambaud ne s’arrête pas aux faits et aux actions ponctuelles, et s’il ne devait retenir globalement qu’un succès incontestable de l’Europe, sûr que sa politique commune de la pêche viendrait en premier.

« On a effectivement beaucoup avancé depuis 1986 et les premières grandes mesures juridiques communes, mais on a réellement fait un pas de géant en 2013 quand les eurodéputés ont approuvé (à une large majorité -NDLR) le dispositif obligeant les pêcheurs à débarquer toute leur pêche. Imaginez qu’un bateau de pêche qui ramassait trois tonnes de poissons en rejetait une tonne à la mer parce que pas assez valorisés sur le marché, voire invendables. Aujourd’hui, c’est interdit et le monde de la pêche a fait des efforts considérables en matière d’innovation pour pouvoir faire de cette tonne supposée sans valeur, des coproduits comme le collagène ou des farines ou remettre au goût du jour des poissons moins nobles et moins connus des consommateurs.»

Et la boucle économique est bouclée, des professionnels de la pêche aux chefs, en n’oubliant pas les cuisiniers et cuisinières du quotidien, chacun prend sa part de responsabilité dans la préservation des océans.

Bon d’accord, admettons avec Christian que nous autres européens sommes particulièrement vertueux, mais les poissons peuvent changer de pays sans passeport et aller se faire pêcher ailleurs que dans l’Union Européenne, non ?

« C’est vrai ! Mais ç’est quand même difficile pour les pays extérieurs d’ignorer notre réglementation parce que nous sommes tout simplement le premier marché mondial, pas en volume, mais économiquement parlant. Et s’ils ne respectent pas nos règles, on a un système bien connu en football : un carton jaune ! On leur donne alors quelques mois pour corriger le tir -et on peut même les aider pour pouvoir remplis les conditions-, sinon c’est carton rouge et là, le marché européen leur est fermé. » 

Alors, tout est sur les rails et c’est bientôt l’heure de la retraite pour Christian ?

N’en croyez rien, quand on a des convictions, on peut toujours aller plus loin. Christian ouvre sa sacoche pleine de brochures en plusieurs langues intitulées « Guide de poche des nouvelles étiquettes de l’Union Européenne apposées sur les produits de la pêche et de l’aquaculture à l’intention des consommateurs ». Il prend soin d’en distribuer aux chefs du Prix Roellinger, au cas où ils aient un trou de mémoire !

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