Api-sculpture,
l’art fait
son miel

Des artistes du monde entier collaborent avec la Nature pour créer des pièces uniques mettant en scène l'une des créatures les plus essentielles sur Terre, l'abeille.

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Tomás Libertíny, The Agreement, 2012 ©Eric Zee

Des artistes du monde entier collaborent avec la Nature pour créer des pièces uniques mettant en scène l'une des créatures les plus essentielles sur Terre, l'abeille.

 

Les artistes contemporains font de l’activité des abeilles une forme d'expression artistique, un point de vue sur la vie, sur la relation que l'humanité entretient avec la nature. En jeu, la fragilité de l’espèce dont le nombre à la surface de la Terre ne cesse de diminuer, mais également la fascination des artistes pour les alvéoles, « nids » des abeilles, et pour la cire qu’elles produisent.

Cette collaboration entre l'homme et la nature est un passionnant exemple d'art expérimental, puisque le résultat final ne dépend pas uniquement de la main des artistes, mais également de la volonté de leurs muses, ces petites travailleuses de jaune et noir rayées.

 

AGANETHA DYCK, LA PUISSANCE DE L'INFIME

Aganetha Dyck, The Glass Dress, 1992-1998, National Gallery of Canada, Ottawa ©Peter Dyck

 

L'artiste canadienne Aganetha Dyck travaille avec les abeilles depuis des années. Elle place dans des ruchers conçus spécialement, des figurines de porcelaine, des chaussures, des équipements de sport ou d’autres objets qui sont ainsi transformés petit à petit par les abeilles, en de délicates sculptures.

« Cela nous renvoie à notre vulnérabilité commune, tout en magnifiant le caractère ordinaire de notre humanité. »

« Les abeilles nous rappellent que nous et nos constructions ne sommes qu’éphémères relativement aux âges de la Terre et aux processus naturels », explique la conservatrice Cathi Charles Wherry. « Cela nous renvoie à notre vulnérabilité commune, tout en magnifiant le caractère ordinaire de notre humanité. »

CAPTIVÉE PAR LA COMMUNICATION ENTRE ESPÈCES et par la « puissance de l'infime », Aganetha Dyck cherche à mettre en évidence la méconnaissance des humains à l’égard de la nature et des abeilles en particulier, au moment où celles-ci sont en train de disparaître de la surface de la Terre.

Aganetha Dyck, The Plexiglass House, 2008 ©Peter Dyck

 

 

 

PIERRE HUYGHE, LA MENTALITÉ DE RUCHE

 

Ce qui intéresse l'artiste français Pierre Huyghe, c'est la relation entre humains et abeilles ; interactions et rapprochements, autant de liens qu'il questionne dans son œuvre Untilled (Liegender Frauenakt).

« Substituer à l’intelligence individuelle la « mentalité de ruche » et son processus de réflexion collective. »

Exposée dans le jardin des sculptures du Museum of Modern Art (MoMA) à New York l'année dernière, l’œuvre présente un nu féminin allongé dont Pierre Huyghe a remplacé la tête par un essaim. Une colonie d'abeilles italiennes (choisies pour leur docilité), lui tient ainsi lieu de cerveau, substituant à l’intelligence individuelle la « mentalité de ruche » et son processus de réflexion collective.

« Yoko Ono est même passée les saluer ! »

Pendant l'exposition, l'apiculteur Andrew Coté était chargé de prendre soin des petites habitantes, leur rendant visite deux fois par jour. « Peu de ruches peuvent se vanter d'être en si bonne compagnie, commente-t-il, avec pour voisines les œuvres d'Henri Matisse, Henry Moore, Pablo Picasso... Yoko Ono est même passée les saluer ! » Après l'exposition, les abeilles ont élu domicile dans la ferme d'Andrew, en attendant leur prochaine tournée.

 

 

 

REN RI, L'ART DE LA COLLABORATION

Ren Ri, Yuansu II, 2013-2014
Ren Ri, installation de Yuansu II, 2013-2014

 

L'ARTISTE ET APICULTEUR PÉKINOIS, Ren Ri, associe ses deux passions pour explorer la relation entre l'homme et la nature ainsi que les manifestations qui en résultent, qu'elles soient constructives ou destructives.

Son œuvre Yuansu II est un ensemble de sculptures en cire d'abeille, chacune encapsulée dans un polyèdre en plastique transparent. La reine trône au centre de chaque œuvre pendant que les ouvrières construisent autour d'elle.

« Je voulais essayer d'éliminer la subjectivité de l’artiste et c'est précisément ce que les abeilles m'ont permis de faire. »

Tous les sept jours, Ren Ri fait tourner la boîte, plus ou moins, en fonction d’un jet de dé. La gravité de la ruche s’en trouve modifiée, cela affecte le développement des alvéoles et par conséquent le résultat final. « Je voulais essayer d'éliminer la subjectivité de l’artiste et c'est précisément ce que les abeilles m'ont permis de faire, » explique Ren Ri dans une interview avec CoolHunting.

REN RI NE RECULE DEVANT RIEN POUR L’AMOUR DE L’ART, surtout pas devant les piqûres que lui valent les relations étroites auxquelles il s’expose avec ses petites collaboratrices !

 

 

 

TOMÁS LIBERTÍNY, CONÇU PAR L'HOMME – RÉALISÉ PAR LES ABEILLES

 

Tomás Libertíny, The Agreement, 2012 ©Eric Zee

 

Tomás Libertíny, The Agreement, 2012 ©Eric Zee

 

Dans le cadre du projet « Made By Bees », l'artiste slovaque Tomás Libertíny a fait appel aux abeilles pour l'aider à créer certaines de ses œuvres. Tout a commencé comme une expérience de manipulation de la nature : le but était d'explorer le potentiel créatif de sculptures imaginées par l'homme mais construites par un essaim d'abeilles.

« Explorer le potentiel créatif de sculptures imaginées par l'homme mais construites par un essaim d'abeilles. »

IL EN RÉSULTE PLUSIEURS OBJETS EN CIRE D'ABEILLE, désormais exposés dans d’importantes collections d'art. Parmi ses travaux les plus célèbres The Honeycomb Vase (2007) et The Unbearable Lightness (2010), une structure à silhouette humaine que 40 000 abeilles ont enveloppé d’un corps de cire étrangement rouge, en raison de la nourriture leur donnait l’artiste.

Pour The Agreement (2012), une installation haute d'1 mètre 60, Libertíny avait placé la structure à l'intérieur d'une tour de verre sur la pelouse du musée d'Histoire naturelle de Londres. Il prit alors soin d’attirer les abeilles afin qu’elles viennent construire et sculpter tout autour leurs alvéoles de cire, sur la base de ce qu'il appelle un « consentement mutuel »... et ainsi ajouter au paysage une fleur dont elles feront leur miel ?

 

 

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