Vérane Frédiani, « la mixité est un outil très puissant »

Vérane Frédiani est une enthousiaste, de celles qui donnent envie de les suivre dans leurs élans les plus fous. Journaliste, spécialiste du cinéma à Canal+, distributrice et productrice avec son mari Franck Ribière, elle a eu envie de passer à la réalisation sur un sujet qui lui tient à cœur...

Vérane Frédiani, « la mixité est un outil très puissant »

Vérane Frédiani est une enthousiaste, de celles qui donnent envie de les suivre dans leurs élans les plus fous. Journaliste, spécialiste du cinéma à Canal+, distributrice et productrice avec son mari Franck Ribière, elle a eu envie de passer à la réalisation sur un sujet qui lui tient à cœur...

...Les femmes et leur position dans la société. Avec son documentaire en salle le 5 juillet prochain, elle est partie pendant un an et demi À la recherche des femmes chefs. Plus qu'une quête, des rencontres fortes, émouvantes, un film vivant et joyeux par et pour les femmes.

Sophie Cornibert: Pourquoi la cuisine ?

Vérane Frédiani: Je cherchais un milieu plutôt misogyne. Avec la cuisine j'ai tendu un micro aux femmes qu'elles ont eu envie de saisir. J'étais persuadée que j'allais manquer d'interlocutrices. Or, pas du tout, j'ai rencontré énormément de femmes dans ce milieu, j'ai presque été dépassée par mon sujet.

SC: Comment avez-vous validé votre casting de femmes ?

VF: J'ai gardé celles qui, pour moi, avaient un parcours de combattante. Celles qui pouvaient en motiver d'autres à se lancer dans la gastronomie et à réaliser leurs rêves comme Alice Waters et Barbara Lynch, deux forces de la nature, des exemples qui ont donné du sens à leurs vies grâce à la cuisine. En tant que femmes, on manque encore cruellement de modèles féminins et comme tout être humain, on a besoin d'exemples dont s'inspirer.

Barbara Lynch et April Lily Partridge

Il fallait aussi que je ratisse le monde, qu'il y ait une vraie dimension de voyage. C'est pourquoi je me suis beaucoup réfrénée sur la France. Mais il m'est vite apparu que je devais garder Anne-Sophie Pic, qui a un itinéraire personnel très fort. À la mort de son père, la Maison familiale est confiée à son frère ; la Maison perd sa 3ème étoile. Elle revient de l'étranger, abandonne ses études pour reprendre le flambeau. Elle se retrouve face à tous ces hommes. J'ai le sentiment que ses trois étoiles l'ont libérée. Bizarrement, c'est aujourd'hui qu'Anne-Sophie ose se tromper.

Anne-Sophie Pic

SC: Comment leur avez-vous présenté votre sujet ? 

VF: Je leur ai dit que voulais faire un film pour elles, pour toutes les femmes. Je voulais donner une âme positive à ce projet. Je voulais donner des idées pour la suite, des élans. Ça m'intéresserait d'ailleurs de suivre cette évolution, après ce premier jet.  

SC: Croyez-vous à la question du genre ? 

VF: Je me rends bien compte qu'avec notre vécu, éducation, passé, on est conditionné. Notre approche est donc évidemment différente. Mais je reste convaincue qu'il n'y a pas de cuisine féminine. Adeline Grattard dit que ses dressages sont moins des tableaux que des ingrédients entremêlés parce qu'elle est souvent pressée. Ça veut dire beaucoup, non ? 

Adeline Grattard

SC: Votre souvenir le plus émouvant, le plus fort ?

VF: Mes plus belles émotions de tournage, je les ai connues chez Anne-Sophie Pic, tant dans ses assiettes, les goûts, les odeurs, les textures qu'elle m'a fait découvrir, que dans ma rencontre avec elle. Lorsqu'elle a vu le film fini, elle a été très émue à son tour. Cette femme m'a touchée, tout simplement.

Anne-Sophie Pic

SC: Votre plus grande surprise ?  

VF: C'est de voir aujourd'hui encore, des jeunes femmes et hommes du monde entier qui font l'effort de venir à Paris au Cordon Bleu apprendre la cuisine française, sa logique, son histoire. Le tout avec la volonté de la mélanger à leur propre cuisine et culture. Dans ces classes, toutes les cultures se retrouvent à cuisiner ensemble. C'est de la gastro-diplomatie et nous devons chérir ces échanges culturels. Ils sont essentiels si nous voulons vivre ensemble sur cette planète encore longtemps.

Le Cordon Bleu Paris

Pour finir, je voudrais dire que parler des femmes est souvent considéré comme "pas assez politiquement important" ou "pas assez politiquement correct ". C'est aussi pour cela que les femmes restent encore trop invisibles, toutes professions confondues. On pense que d'autres sujets sont plus importants ou prioritaires. Pourtant, en augmentant la place des femmes, on résoudrait bon nombre d'autres problèmes de société. La mixité est un outil très puissant.

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