Les effets
du Brexit

Tim Lang est professeur de Politique alimentaire et co-auteur avec Erik Millstone de L’Atlas de l’alimentation. Il nous explique les conséquences du Brexit sur l’alimentation et l’agriculture au Royaume-Uni.

Les effets |du Brexit

Tim Lang est professeur de Politique alimentaire et co-auteur avec Erik Millstone de L’Atlas de l’alimentation. Il nous explique les conséquences du Brexit sur l’alimentation et l’agriculture au Royaume-Uni.

« J’ai 69 ans et ça fait 40 ans que je parle de politique alimentaire. Je suis sans doute devenu un vieux professeur ennuyeux ! » Tim Lang ne craint pas l’autodérision à l’anglaise. 18 livres à son actif, des heures d’enseignement à l’Université de Londres et le Brexit qui le rend dingue.

Vous faites partie des rares personnalités qui avaient prédit la victoire du oui au référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne, comment analysez-vous la situation actuelle ?

Je la décrirais comme ce que les Français ont appelé la drôle de guerre en 1939. La guerre est déclarée, mais on n’en connaît ni les termes, ni les conditions. Je pense qu’il y a trois scenarios possibles : Le premier, on quitte définitivement et totalement l’Union, le deuxième, on rentre dans des négociations qui nous amèneront à un statut du type Norvège, Suisse ou Islande et un troisième où l’on fait un virage à 360° et on finit par rester.
Juste après le référendum, j’ai pensé que cette dernière hypothèse avait 50% de chance d’advenir, aujourd’hui je pense qu’on est tombé à 10%.

Pourquoi ?

Pour plusieurs raisons. Je crois surtout que les thèses ultra-nationalistes qui influencent aujourd’hui l’ensemble des droites européennes sur l’immigration restent très prégnantes. Et c’est un comble du point de vue des industries alimentaires qui sont extrêmement dépendantes des travailleurs immigrés. C’est la plus grosse industrie britannique, plus importante que l’industrie automobile et aéronautique et elle emploie 38% de travailleurs d’origine étrangère, voire jusqu’à 70% dans le centre de Londres. Et je peux vous dire, pour assister à pas mal de réunions en ce moment, que le secteur est très nerveux sur ce point là.

Brexit écrit avec des lettres de scrabble
Marché Borough, Londres

Quelles sont les autres conséquences du Brexit pour la politique alimentaire ?

La première est simple à comprendre. En 1945, le Royaume-Uni était auto-suffisant. Aujourd’hui, 30% de ce que nous mangeons est importé d’Europe, principalement des fruits et des légumes. C’est à dire des produits bons pour la santé qu’il faut mettre en regard avec ce que nous exportons, principalement du whisky, de la viande et du gras ! Toute l’industrie alimentaire britannique, qui représente 20% de notre PNB, est bâtie sur ce modèle économique que l’on ne peut changer du jour au lendemain. Et puis la Livre ayant perdu 17% face à l’Euro, l’autre conséquence déjà visible est l’augmentation des prix.

Enfin, le plus extraordinaire, c’est qu’au moment où on abandonne la négociation à 27, on accepte de discuter à 166 au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) !

La situation n’est-elle pas différente en Écosse ou au Pays-de-Galles ?

C’est un grand sujet. L’autonomie des Régions au Royaume-Uni n’a rien à voir avec d’autres pays comme la France ou l’Allemagne. Néanmoins l’Écosse, et encore plus le Pays de Galles, ont des dispositifs législatifs spécifiques. Ainsi la loi Well-being of Future Generations Act (bien-être des générations futures) votée en 2015 a eu des effets remarquables. Elle oblige administrations et institutions à penser toutes leurs règlementations sur le long terme et avec des critères de développement durable.

Quels seraient selon vous les éléments d’une bonne politique alimentaire ?

Outre le renforcement des pouvoirs des régions, il serait absolument nécessaire de mettre en œuvre une véritable politique alimentaire qui prendrait en compte tous les éléments en jeux : santé publique, environnement, changements climatiques, économie, emploi, justice et que le gouvernement élabore une politique globale de l’alimentation durable.

Tim Lang est professeur de Politique alimentaire depuis 2002 au Centre de Politique Alimentaire de la City University de Londres.

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