La révolution dans les cantines scolaires

Quels souvenirs gardez-vous de la cantine scolaire ? Il est à craindre qu’un pourcentage très majoritaire de réponses spontanées commence par une onomatopée du type « beurk ». Et pourtant, l’éducation des enfants à une bonne alimentation a ses militants, et la cantine est leur salle de classe.

La révolution dans les cantines scolaires

Quels souvenirs gardez-vous de la cantine scolaire ? Il est à craindre qu’un pourcentage très majoritaire de réponses spontanées commence par une onomatopée du type « beurk ». Et pourtant, l’éducation des enfants à une bonne alimentation a ses militants, et la cantine est leur salle de classe.

Depuis son lancement en 1990, plus de 500 000 élèves ont bénéficié du programme Chefs Adopt a School développé au Royaume-Uni par la Royal Academy of Culinary Arts. Sur le papier, l’idée est ma foi des plus simples. Puisque l’on dispose d’écoles avec une cantine, on a des ingrédients et du matériel pour cuisiner, il suffit donc de faire rentrer les élèves dans les lieux pour une autre raison que le déjeuner. Et cette raison étant pédagogique, le lien avec l’école n’est même pas à démontrer.

Manque quand même les enseignants et c’est là que les chefs interviennent, et parfois pas des moindres. Ainsi Raymond Blanc, ce jurassien d’origine que le journal Le Monde qualifia un jour de « Chef de l’entente cordiale » et qui officie depuis plus de quarante ans à Great Milton, à quelques kilomètres d'Oxford, est désormais une star gastronomique du Royaume et s’est beaucoup investi dans l’éducation alimentaire.

Lui et ses équipes de Belmond Le Manoir aux Quat’Saisons investissent régulièrement les cantines de deux collèges voisins dans le cadre du programme Chefs Adopt a School, mais dispensent également leurs savoirs dans les jardins du Manoir où les enfants et adolescents peuvent venir apprendre ce que c’est qu’une graine ancienne ou comprendre ce que cultiver durablement veut dire.

En quoi ces plongées dans la nature des aliments sont-elles importantes pour les élèves ? D’abord et avant tout pour l’apprentissage des liens entre alimentation et santé. Faire le tri, chercher les bonnes informations, reconnaître les bons fruits, les légumes avec du goût, les aliments protéinés, etc., voilà une première approche essentielle. C’est également l’avis de Colin Bedford chef au Fearrington House Restaurant qui y ajoute volontiers les points d’éducation spécifique au diabète qui, aux États-Unis, est la troisième cause de décès.

Colin participe à un programme américain proche de celui développé au Royaume-Uni : le Chefs to schools challenge. Lancé en 2011 en partenariat avec 17 écoles locales regroupant 8 000 élèves, Colin en a fait une préoccupation quotidienne et parraine régulièrement nombre d’actions destinées à changer la donne dans les cantines.

Alors, la cantine pas « beurk » généralisée, c’est pour bientôt ? Loin s’en faut. Et Johann Lafer qui a lui aussi investi la cantine de l’école voisine de son restaurant de Stromburg en Allemagne en sait quelque chose. Après des années à enseigner à ses 700 petits voisins les joies du fait maison à la cantine, il a été durement rattrapé cette année par la législation sur les Marchés publics et sur les économies drastiques qui lui ont été imposées. Idem aux Etats-Unis où l’administration Trump opère des coupes budgétaires en règle sur ce type de programmes et qui seront effectives dès cette rentrée scolaire.

Pourtant, un petit quelque chose nous rend optimiste. Sans doute l’accélération de la circulation de l’information qui ouvre les consciences d’une nouvelle génération de parents et d’enseignants prêts à donner une nouvelle lecture militante à l’adage « Mens sana in corpore sano ».

 

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