LE CHANT DU MONDE
De tous les pays latino-américains, le Mexique est probablement celui qui a le mieux alimenté en clichés l’imaginaire du monde occidental en quête d’exotisme. Sous les palmiers langoureux de Veracruz, entre bleu caraïbe et palais coloniaux, comment refuser cette plongée dans l’histoire ? Cortés brûlant ses vaisseaux, les Aztèques et leurs coutumes balançant entre jeux de balle et sacrifices humains, la disparition mystérieuse des Mayas, qui n’ont laissé que des temples mangés par les lianes… Et, plus près de nous, immortalisé par Édouard Manet, l’éphémère empereur Maximilien, victime de sa folle équipée, Frida Kahlo, égérie mondiale de l’art au féminin, ou encore ces pistoleros à larges chapeaux attaquant des trains blindés pour la bonne cause de la révolution.
Cuernavaca, Tampico, Sierra Madre, Yucatán : autant de repères imaginaires à placer dans une géographie bien réelle ! Hier terrain de chasse de D. H. Lawrence, de Graham Greene ou de Malcolm Lowry, écrivains à la sensibilité exacerbée, aujourd’hui but des voyageurs férus de beauté et de civilisation. Ils y trouvent un mille-feuille unique : des masques millénaires d’or et de jade, des voltigeurs totonaques défiant la mort du haut de leur mât, des mariachis qui plaquent les accords de leur guitare sur tous les événements de la vie. "Si près des États-Unis et si loin de Dieu", se plaignait Porfirio Díaz. On n’est pas tenu de souscrire à la belle formule du dictateur, mais force est de constater que le Mexique jouit d’une position unique.